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Les «expériences de mort imminente»

Ce qu’en dit la science

Daniel Baril

Anthropologue et journaliste de profession

C’est au psychiatre Raymond Moody, auteur de La Vie après la Vie , paru en français en 1975, que nous devons l’intérêt du public et des milieux de la recherche au phénomène désormais connu sous l’appellation « expérience de mort imminente » (EMI).

Dans son volume, Moody analyse les témoignages de plusieurs personnes qui ont frôlé la mort lors d’un arrêt cardiaque et qui racontent ce qu’ils ont ressenti alors qu’ils étaient inconscients.

Depuis, plusieurs chercheurs, comprenant à la fois des « dualistes » ‒ croyant à la survie après la mort ‒ et des scientifiques « sceptiques » qui analysent ces expériences sans référence à un monde surnaturel, se sont penchés sur ce phénomène.

Dans une approche journalistique, j’ai consacré un chapitre complet à ce phénomène dans mon volume Tout ce que la science sait de la religion  (Presses de l’Université Laval, 2018) et dans lequel je fais le point sur l’état des connaissances sur le sujet à partir à la fois de la littérature scientifique et des écrits dualistes.

La lecture du récent volume du Dr Steven Laureys, L’expérience de mort imminente (Oedile Jacob, 2025) confirme ma conclusion de 2018 à l’effet que la littérature scientifique invalide de façon assez certaine l’interprétation dualiste des expériences de mort imminente. Le Dr Laureys est un neurologue mondialement connu pour ses travaux sur les différents états de conscience et est professeur au centre de recherche CERVO de l’Université Laval à Québec.

Ses recherches sur les EMI portent sur plus de 2000 témoignages recueillis partout dans le monde : Europe, Amériques, Chine, Inde, Japon, monde musulman. Cette universalité des témoignages montre qu’il s’agit d’un phénomène ayant à la fois une base neurologique manifeste ainsi que des composantes subjectives et culturelles propres à chaque cas.

Mort clinique et mort cérébrale

L’une des distinctions qu’il établit d’emblée dans son volume est la différence entre mort clinique et mort cérébrale. L’état de mort clinique est caractérisé par une absence d’activité musculaire spontanée (dont les battements cardiaques), de respiration et de réflexe.

Cet état est souvent réversible grâce à la réanimation cardio-respiratoire. Malgré l’arrêt cardiaque, le cerveau continue de fonctionner et peut demeurer sensible aux stimulus extérieurs et s’en souvenir. C’est habituellement le cas des patients ayant souffert d’un arrêt cardiaque et qui ont été réanimés après avoir vécu une EMI.

Par contre, en état de mort cérébrale il y a non seulement absence d’activité musculaire autonome mais également absence d’activité neuronale détectée par l’électroencéphalogramme. Sur ce dernier point, le Dr Laureys est formel :

« On ne peut pas être ‘’un peu’’ en état de mort cérébrale. La mort cérébrale est une mort irréversible. […] Aucun patient correctement diagnostiqué comme étant en état de mort cérébrale n’a jamais survécu. »

Toutes les personnes ayant vécu une EMI en sont par ailleurs revenues avec un cerveau intact, ce qui montre que le cerveau n’était pas mort.

De plus, les expériences consistant à placer des images dans les salles de réanimation et ne pouvant être vues que du plafond comme par une âme qui flotterait au-dessus du corps n’ont jamais donné de résultat positif démontrant que la conscience pourrait exister en dehors du corps.

Rien ne permet donc d’affirmer, comme le font souvent des chercheurs dualistes, qu’une personne ayant vécu une EMI est morte et est revenue de l’au-delà.

Une multiplicité d’expériences

Un autre constat qui ressort des témoignages est que ce qui est regroupé sous l’appellation d’EMI ne désigne pas une expérience unique et commune mais une multiplicité de phénomènes. Ces états de conscience ne surviennent pas uniquement en situation vitale frôlant la mort comme lors d’un arrêt cardiaque mais peuvent survenir lors d’épilepsie, de stress, de privation sensorielle, de manque d’oxygène ou encore être provoqué par la méditation ou des psychotropes et même survenir de façon spontanée.

La description scénarisée présentée par Moody ‒ sensation de flotter hors de son corps, bonheur intense, rencontre avec des personnes décédées, lumière au bout d’un tunnel, retour sur terre ‒ qu’il présente comme étant l’expérience type de mort imminente est en réalité une description construite à partir de multiples témoignages d’expériences parfois très différentes les unes des autres.

Si une sensation de paix profonde est souvent rapportée, l’ensemble de la littérature montre par ailleurs que des sentiments de peur ou de terreur sont présents dans 20% des témoignages, ce que plusieurs auteurs dualistes préfèrent ignorer.

Un cerveau à l’agonie

Chacune des composantes des EMI peut avoir plusieurs causes et être expliquée par plusieurs facteurs neurophysiologiques et psychologiques différents. L’ensemble de ces explications montre qu’il s’agit de réactions d’un cerveau déréglé par un traumatisme ou vivant des sensations fortes et inhabituelles.

L’hypothèse la mieux fondée et la plus répandue pour expliquer les EMI en situation vitale est celle du « cerveau à l’agonie », c’est-à-dire un cerveau en manque d’oxygène comme c’est notamment le cas lors d’un arrêt cardiaque. Le professeur Laureys considère toutefois que cette seule explication est « simpliste ».

« Nos recherches ont démontré qu’il n’y a pas de différences claires dans l‘intensité ou le contenu des EMI selon les différentes causes, sans ou avec un danger vital, ou avec un coma causé par hypoxie cérébrale ou un traumatisme crânien. Cela implique que des explications simplistes, comme le seul manque d’oxygène, ne suffisent pas à expliquer pourquoi les EMI surviennent. »

Échelle de contenu

En science, les réponses ne sont toutefois jamais définitives. Pour cette raison, l’équipe du Dr Laureys poursuit sa cueillette de témoignages à l’aide d’une échelle de contenu utilisée pour établir si une EMI a bel et bien été vécue et de quelle intensité.

Le neurologue invite tous ceux et celles qui auraient vécu ce qu’ils considèrent être une EMI, peu importe les conditions, à le contacter par courriel à l’Université Laval ([email protected]) ou via son site personnel drstevenlaureys.org.

Voici son échelle de contenu (1) avec le protocole à suivre.

Nous vous invitons à répondre à chacune des 20 propositions ci-dessous selon vos émotions et vos pensées au moment de l’expérience (ni avant, ni après), en choisissant la réponse qui vous semble la plus appropriée (UNE SEULE réponse par proposition est admise).

Toute expérience ou sensation étant vécue plus ou moins intensément, nous vous invitons à préciser l’intensité ressentie à l’aide de 4 choix de réponses (allant de 1 à 4) à chacune des propositions. Si, au contraire, vous n’avez pas fait l’expérience du phénomène présenté dans la proposition, veuillez cocher « 0 – Pas du tout ; absence ». Si vous avez vécu un même phénomène à plusieurs reprises durant l’expérience, nous vous invitons à répondre selon le phénomène le plus marquant.

Choix de réponse :

0 – Pas du tout ; absence

1 – Légèrement

2 – Moyennement

3 – Intensément ; équivalent à toute autre expérience intense vécue jusqu’à présent

4 – Extrêmement ; plus qu’à tout autre moment de ma vie et plus intense que 3

     

   0  à 4

1. Votre perception du temps était modifiée

 

2. Vos pensées étaient accélérées

 

3. Vous avez entendu une ou des voix ne possédant pas d’incarnation matérielle

 

4. Vous avez eu l’impression de soudainement tout comprendre sur vous-même, les autres et/ou l’univers

 

5. Vous avez eu un sentiment de paix et/ou de bien-être

 

6. Vous avez eu une sensation d’harmonie ou d’unité, comme si vous faisiez partie d’un tout

 

7. Vous avez vu ou avez été entouré par une lumière brillante sans origine matérielle déterminée

 

8. Vous avez eu des capacités sensorielles inhabituelles (vue, ouïe, odorat, toucher et/ou goût)

 

9. Vous étiez conscient(e) de choses au-delà de ce que vos sens peuvent habituellement percevoir

 

10. Vous avez acquis des connaissances sur l’avenir

 

11. Vous avez eu la sensation d’être ‘en-dehors’ ou séparé de votre corps

 

12. Vous avez eu la sensation de quitter le monde terrestre ou d’intégrer une nouvelle dimension et/ou environnement

 

13. Vous avez revu ou revécu un ou des événement(s) de votre passé

 

14. Vous avez fait la rencontre d’une présence et/ou d’une entité (il peut s’agir d’une personne décédée)

 

15. Vous avez eu un sentiment de non-existence, de vide absolu et/ou de peur

 

16. Vous avez fait l’expérience d’une frontière et/ou d’un point de non-retour

 

17. Vous avez pris la décision ou avez été contraint(e) de revenir de l’expérience que vous viviez

 

18. Vous avez eu l’impression de mourir et/ou d’être mort

 

19. Vous avez vu ou êtes entré(e) dans une zone de passage (par exemple, un tunnel ou une porte)

 

20. Vous avez l’impression de ne pas disposer des mots adéquats pour décrire votre expérience

 
  
  1. « The Near-Death Experience Content (NDE-C) scale: Development and psychometric validation », Martial C, Simon J, Puttaert N, Gosseries O, Charland-Verville V, Nyssen AS, Greyson B, Laureys S, Cassol H., Conscious Cogn., 2020 Nov, 86:103049.

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