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Quand les familles sculptent la mémoire du Québec

Une heureuse initiative de la Fédération Histoire-Québec

Il va de soi que l’Écomusée du Patrimoine Funéraire et Commémoratif (ÉPFC) est membre de la Fédération Histoire-Québec (FHQ) et qu’elle est abonnée à sa publication trimestrielle Histoire Québec. Dans le dernier numéro reçu (vol.31, no.3, 2026), un article paru fut une agréable surprise pour nous qui nous intéressons à la question de la commémoration. Entre 2024 et 2026, la F.H.-Q. a coordonné un inventaire à grande échelle du patrimoine commémoratif des familles fondatrices, « un chantier ambitieux qui a permis de recenser plus un millier de repères commémoratifs répartis dans plusieurs régions du Québec ».

Histoire Québec, volume 31, numéro 3, magazine de la Fédération Histoire Québec

Ceux qui se promènent un peu partout au Québec ont tous déjà vu ces petites plaques qui commémorent des évènements, des dates ou des personnages. Chaque société ou atelier historique régional a les siennes, et au niveau de la province cela forme une véritable constellation. Jusqu’à tout récemment, les œuvres de commémorations concernant les familles fondatrices étaient menées en vase clos au sein de ces organismes ou des familles concernées mais rien n’avait été fait pour les répertorier à l’échelle de la province, comme on a déjà pu le faire depuis plus d’un siècle avec les grands évènements et les personnages historiques de première importance (voir la Commission des Monuments Historiques de Pierre-Georges Roy, paru en deux tomes en 1923). Eh bien à présent, force est de constater que cette lacune a été comblée. Il était temps !

L’article de Caroline Cudia et Jean Rey-Regazzi (p.20-23) nous dit que « l’inventaire du patrimoine commémoratif mené par la Fédération Histoire-Québec et ses organismes membres met en lumière la force et la persistance des mémoires familiales ». Quoi de plus normal quand on y pense, à l’exception des nouveaux arrivants, les familles québécoises se caractérisent justement par le fait que les grandes familles comme les Tremblay ou les Gagnon remontent à quelques ancêtres, un phénomène unique dans le monde occidental.

Ça fait du bien de voir un attachement historique et généalogique de la part des familles québécoises en cette ère de dématérialisation et du tout-numérique. Il est bien connu que c’est celui qui connaît son passé qui sait où se diriger dans l’avenir. On ne peut qu’encourager la Fédération Histoire-Québec de maintenir cette initiative et voire éventuellement lui donner une dimension encore plus vaste. Comme les auteurs le concluent eux-mêmes : « Ces monuments de l’intime embellissent notre quotidien autant qu’ils enrichissent notre paysage historique ».

Ce référencement des monuments commémoratifs des familles-souches est très bien mais rappelons quand même que celui-ci n’est qu’une partie seulement du mandat établi par la Stratégie québécoise de commémoration du Gouvernement du Québec[1]. Citons ce que ce dernier signifie par « commémoration » : « La commémoration se définit comme un acte collectif et public de rappel du passé (personnage, événement, lieu ou fait du passé) dont le moyen est un repère fixe et permanent ou une manifestation » (p. 7). Cela est très bien, on y comprend bien que cela inclut autant les grands faits historiques que les familles-souches comme dans le cas ici présent. Cependant, il y a toujours un grand absent, un trou béant qui interdit à la FHQ toute prétention à l’exhaustivité : les cimetières. Lors de la conférence tenue à Montréal par l’EPFC le 28 octobre 2022, Marie-Ève Ouellet, la représentante du gouvernement sur cette question, était présente et elle a même fait l’allocution de présentation. Elle nous disait alors que oui, les cimetières sont des lieux importants de commémoration mais après, lors de la vidéo-conférence officielle de formation des éventuels référenceurs de monuments commémoratifs au début de 2024, elle fît volte-face et prétendit alors que les cimetières n’allaient pas faire partie du mandat puisqu’ils ne sont pas des « espaces publics » ![2] Il n’en fallait pas plus pour que l’EPFC réagisse par la plume de Brigitte Garneau[3], l’anthropologue, qui a écrit, adon intéressant ! , un article pour la FHQ dans ce même numéro[4].

Pour conclure, bravo à la FHQ pour son travail de référencement des monuments commémoratifs familiaux, l’EPFC salue le geste, mais sans les cimetières, rien à faire, le travail de référencement des commémorations voulu par le Gouvernement du Québec ne pourra jamais être réellement complet.

[1]https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/culture-communications/publications-adm/strategie/Cadre-Reference_Commemoration.pdf

[2]L’auteur de ces lignes se rappelle distinctement le malaise visible sur le visage et dans la voix de Mme. Ouellet à ce passage précis.

[3]Pourquoi les cimetières ne seraient-ils pas des lieux de commémorations? paru 11 mars 2024 sur le site de l’EPFC : https://ecomuseedupatrimoine.org/ressources/pourquoi-les-cimetieres-ne-sont-ils-pas-des-lieux-de-commemoration-au-sens-du-gouvernement-du-quebec/

[4]Pourquoi ma mère est-elle morte en couches ? Réflexions d’une anthropologue (p. 37-39).

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