
Géographe et auteure
« Je descends à pied la Côte, j’arrive en bas, mon vrai chez-moi. Tout m’est familier et chaud ici : ce quartier m’enveloppe comme un bon vieux paletot de chat miteux. Je suis content qu’il fasse froid. » Roger Lemelin, La culotte en or.
La vie de Roger Lemelin est un véritable roman d’aventures. Né le 7 avril 1919 dans le quartier Saint-Sauveur de la basse-ville de Québec, Roger vit son enfance dans la pauvreté. Son père Joseph est débardeur et sa mère, Florida Dumontier, met tous ses talents au service d’une famille qui comptera onze enfants. Roger est le deuxième.
Au début des années trente, la crise économique touche durement le quartier. Pour survivre, les familles jardinent, élèvent des poules et des vaches. La tuberculose emporte plusieurs camarades de classe de Roger. Malgré cela, Roger est heureux quand, l’été, il se baigne dans la Saint-Charles, pêche la truite à deux pas de chez lui et, surtout, fait les cent coups. À l’école, on ne peut le renvoyer, il est trop brillant. Il arrive premier en composition française. Mais quand son père lui annonce, après sa huitième année, qu’il n’a pas les moyens de lui payer des études classiques, le monde de Roger s’écroule. Il aime tellement apprendre, lui qui rêve d’être un champion!

Le fougueux jeune homme s’inscrit au cours commercial de l’Institut Thomas, se lance dans la boxe puis le saut à skis. Mais il se blesse une cheville et développe une tuberculose osseuse. Il passe un an à l’hôpital Laval où il apprend l’anglais et le jeu d’échecs. De retour chez lui, Roger rencontre Jean-Charles Bonenfant, responsable de la bibliothèque du parlement, qui lui fait découvrir plein d’auteurs. Lemelin écrit un premier roman et le soumet à un ami, David L’Heureux, tailleur de cuir et amateur d’opéra. « Au lieu d’écrire un roman qui se déroule en France, pourquoi ne pas raconter la vie de notre quartier ? », lui suggère-t-il. Puis, son père lui apporte une machine à écrire trouvée soit-disant dans une poubelle. Roger est au ciel. Il trouve un boulot à la revue Regards et termine son roman Les grimpeurs. Rebaptisé Au pied de la pente douce, l’œuvre remporte le prix David (1946). Lemelin reçoit une bourse de la fondation Guggenheim et la médaille de l’Académie française. En 1947, la bourse Rockefeller lui permet d’aller aux États-Unis. En 1948, il se rend en France où son roman paraît chez Flammarion. La même année, il publie à compte d’auteur Les Plouffe… Entretemps, Roger a subi avec succès une opération de greffe osseuse à la cheville, épousé Valléda et été engagé par les magazines américains Time et Life pour couvrir la politique provinciale.
Le succès des Plouffe est tel que l’écrivain en fait un téléroman qui sera diffusé de 1953 à 1959. Son troisième roman, Pierre le magnifique, reçoit des critiques élogieuses du Figaro et du Monde, mais Le Devoir le qualifie d’échec. Lemelin se détourne ensuite de la littérature et devient un charcutier prospère en mettant sur le marché les cretons et les tourtières Taillefer. En 1972, il vend Taillefer à Imasco et devient président et éditeur du quotidien La Presse jusqu’en 1981. Après un long retrait de la vie littéraire, l’écrivain publie Les Voies de l’espérance, La culotte en or et Le crime d’Ovide Plouffe, dont Gilles Carle s’inspirera pour réaliser un film. Un dernier recueil d’anecdotes, Autopsie d’un fumeur, est édité en 1988. Tous ses mots, Roger les a tapés sur la vieille Underwood que son père lui a offerte.


Atteint d’un cancer des poumons, l’écrivain rend son dernier souffle en mars 1992, à l’âge de 73 ans. Roger Lemelin repose au cimetière-jardin Saint-Charles, à Québec. Un buste de bronze à l’image du romancier surmontait un livre ouvert où est inscrit : « Ici finit mon beau voyage. J’ai écrit ma dernière page ». Le buste a été volé mais on en trouve un identique qu’on peut admirer sur la place Roger-Lemelin, à Québec, à l’angle des rues de l’Aqueduc et Châteauguay.