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Ludmilla Chiriaeff, fondatrice des Grands Ballets canadiens

Lorraine Guay

Géographe et auteure

Le 10 janvier 1924, à Berlin, Ludmilla Otzup naît de parents russes, Alexandre et Katerina. Après la Révolution, ils se sont retrouvés dans cette ville allemande où s’est formée une « petite Russie ». Dans le grand lit à baldaquin de ses parents, la petite Ludmilla bouge tellement vite que son père la surnomme tarrakan ( coquerelle ) puis Mouchka ( souris ), que préfère sa mère! Très tôt, Ludmilla commence des cours de danse. Michel Fokine, chorégraphe et ami de la famille, encourage sa passion pour cet art. Durant son enfance, le père de Ludmilla, écrivain, invite souvent à la maison des membres de l’intelligentsia et des artistes ayant comme lui fui la Russie.

Ludmilla Chiriaeff. Photo: Steven Rosati.

Pour lui permettre de danser, Alexandre retire tôt sa fille de l’école. Élève des Ballets Russes du colonel de Basil, elle danse dans la Boutique fantasque et le Casque d’Or. Après une audition avec David Lichine, celui-ci lui déclare qu’elle est trop grande pour devenir première danseuse. Mais la danse est tout pour Ludmilla et elle décide de poursuivre sa voie. Au début de la guerre, Ludmilla entre au Nollendorftheater. Les conditions de vie deviennent de plus en plus difficiles. La Gestapo pourchasse les Juifs, ses parents fuient la ville. Puis, Berlin croûle sous les bombes. Comme la plupart des artistes, Ludmilla est réquisitionnée pour travailler dans une usine d’armements. « Je toussais et je crachais le fer », lit-on dans une biographie remarquable Danser pour ne pas mourir. C’est à cette époque que ses problèmes pulmonaires ont commencé. À l’usine, elle se lie avec Frans van der Spek. Ensemble, ils décident de s’évader. À la faveur d’un raid de l’aviation américaine, elle court vers les wagons, rampe entre les rails et retrouve sa cachette. Elle réussit à atteindre Goslar où, devant le bureau de poste, elle retrouvera par miracle son père.

 

Ludmilla et Frans se marient le 15 mai 1945. Ce mariage, « c’était juste pour avoir des papiers », avoue Ludmilla. Le 26 juillet 1946, elle quitte définitivement l’Allemagne pour se rendre en Suisse. À Lauzanne, Ludmilla est engagée comme soliste et chorégraphe. Elle fait la rencontre du peintre Alexis Chiriaeff qu’elle épouse le 24 mars 1947. À Genève, elle fonde sa première école et sa première compagnie, les Ballets du Théâtre des Arts.

 

En 1952, toujours apatride, Ludmilla décide de tenter sa chance au Canada avec son mari, ses deux enfants et un troisième en route. Avec sa détermination et une foi inébranlable dans la vie, Ludmilla ouvre un petit studio à Montréal, rencontre plusieurs gens des médias et commence à réaliser des chorégraphies pour la nouvelle télévision de Radio-Canada. Pour répondre aux demandes de la télévision, elle fonde, en 1955, les Ballets Chiriaeff qui deviendront en mai 1957 les Grands Ballets Canadiens. Mais les collants et les tutus dérangent le clergé qui trouve la danse immorale. Juste à sa façon de marcher et de se tenir à la barre, Ludmilla pouvait dire si un enfant était francophone et catholique ou anglophone et d’une autre confession religieuse. « Je voyais des enfants souvent très traumatisés par leur corps. »

 

Femme de passion et de vision, Ludmilla déployait une ardeur incroyable pour créer des classes, assurer la relève et donner un salaire décent à ses danseurs. Elle travaillait sans arrêt, mangeait au coin d’une table et fumait cigarette sur cigarette. Elle mit sur pied les Compagnons de la danse, l’Académie des Grands Ballets et l’École supérieure de danse au Québec. À travers toutes ses entreprises, Ludmilla se marie une troisième fois avec Uriel Luft, avec qui elle aura deux enfants.

Cimetière de Saint-Séraphim de Sarov. Photo: Églises municipalité de Rawdon.

Considérée comme la « mère de la danse » au Québec, Ludmilla reçoit de nombreuses distinctions honorifiques (Compagnon de l’Ordre du Canada, Grand Officier de l’Ordre national du Québec, Prix du Gouverneur Général). Même malade, elle continue de travailler. La gracieuse Ludmilla aux grands yeux clairs s’éteint le 22 septembre 1996. Ses funérailles sont célébrées en la cathédrale orthodoxe russe Saint-Pierre et Saint-Paul, à Montréal. Un dernier hommage lui est rendu à la chapelle Saint-Séraphin de Sorov, à Rawdon. Au centre du cimetière repose Ludmilla, à côté de sa mère. Une croix orthodoxe, en bois, témoigne de sa foi vibrante en son Dieu. Cette année, les Grands Ballets Canadiens dansent depuis cinquante ans : piqué, arabesque, fondu…

  • Le 1er octobre 2011, un  monument commémoratif a été dévoilé à Rawdon pour souligner le 15e anniversaire du décès de la fondatrice des Grands Ballets canadiens, Ludmilla Chiriaeff.
  • Le 8 mars 2022, Journée internationale des droits de la femme, le gouvernement du Québec a désigné Ludmilla Chiriaeff personnage historique. 

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